Au milieu de la deuxième journée du salon TRUSTECH 2025, dans la salle ID, la conférence « Portefeuilles numériques et au-delà : orchestration des données, KYC et paiement » a réuni décideurs publics et représentants de l’industrie autour d’un enjeu central : la convergence entre identité numérique, conformité réglementaire et paiement.

Animée par Guy DE FELCOURT, la table ronde a rassemblé Giuseppe DE MARCO (Département pour la Transformation numérique, Italie), Peter KIMAILE (Comité africain d’experts sur l’identité numérique), Alain MARTIN (Smart Payment Association), Sekou MAHAWA TOURE (ANAFIC, Guinée) et Marianne HENRIKSEN (Administration fiscale norvégienne).

À travers leurs interventions, un constat s’impose : le portefeuille numérique dépasse le simple stockage d’identifiants pour devenir un outil structurant d’orchestration des données, au service des citoyens, des administrations et des acteurs financiers.

Giuseppe DE MARCO intervenant dans le cadre des conférences TRUSTECH, tenant un objet et un micro dans les mains

Construire une infrastructure d'identité numérique ouverte et évolutive

Giuseppe DE MARCO a ouvert la discussion en rappelant que l’Italie déploie son portefeuille numérique national dans un environnement européen en évolution permanente.

Plus de sept millions d’utilisateurs actifs utilisent aujourd’hui la solution italienne, mais l’enjeu dépasse largement l’adoption.

« Nous travaillons dans un cadre qui n’est pas entièrement stabilisé », a-t-il expliqué, soulignant la nécessité d’une adaptation continue aux orientations européennes, notamment en matière d’identité numérique.

Le portefeuille ne remplace pas les systèmes existants : il s’appuie sur eux. L’authentification initiale du citoyen reste indispensable pour activer le wallet.

L’approche défendue repose sur une infrastructure ouverte, permettant l’enregistrement d’autres fournisseurs de portefeuilles et l’intégration de différents émetteurs d’attestations (credentials). Cette distinction entre attestations d’intérêt public et justificatifs privés structure le modèle.

Le wallet devient ainsi un cadre d’orchestration de données personnelles : il organise la présentation sécurisée de preuves numériques, sans remettre en cause les mécanismes nationaux d’identification déjà en place.

Inclusion financière, interopérabilité et gouvernance : la dynamique africaine

L’intervention de Peter KIMAILE a illustré une autre trajectoire, marquée par l’inclusion financière et l’innovation mobile.

Le Kenya compte 54 millions d’utilisateurs enregistrés de services de paiement mobile, avec un impact significatif sur les populations rurales et les PME. L’usage massif du mobile a transformé les pratiques économiques, y compris pour les citoyens les moins favorisés.

 

À l’échelle continentale, le Comité africain d’experts sur l’identité numérique travaille à l’élaboration d’un cadre d’interopérabilité entre États membres.

L’objectif est de faciliter les transactions wallet-to-wallet, bank-to-wallet et les transferts transfrontaliers : « Il ne s’agit pas seulement de technologie, mais aussi de renforcer la cybersécurité et les cadres juridiques », a-t-il souligné.

Les blocs économiques régionaux avancent vers une harmonisation législative et technique afin de sécuriser les échanges.

 

Dans le même esprit, Sekou MAHAWA TOURE a rappelé que la digitalisation est également un enjeu de gouvernance locale.

En Guinée, la modernisation des mécanismes de financement des collectivités repose sur une meilleure traçabilité des ressources et une structuration des systèmes d’identification.

L’interopérabilité apparaît ici comme un levier d’efficacité budgétaire et de transparence administrative.

Table ronde à TRUSTECH 2025 avec des intervenants discutant des portefeuilles d'identité numérique et de l'orchestration des données, de la KYC et des paiementsTable-ronde ID sur les portefeuilles numériques, l'orchestration des données, le KYC et les paiements lors de TRUSTECH 2025

Paiement, KYC (Know Your Customer) à distance et conformité réglementaire : quelles convergences ?

Du côté industriel, Alain MARTIN a apporté une lecture centrée sur les usages financiers. Premier levier identifié : le KYC, ou Know Your Customer, une procédure de vérification d’identité à distance.

Face aux risques d’usurpation amplifiés par l’IA (intelligence artificielle), un portefeuille d’identité à haut niveau d’assurance pourrait sécuriser l’entrée en relation client.

 

Concernant l’authentification forte (SCA – Strong Customer Authentication), exigée par la directive européenne PSD2 (Payment Services Directive 2), la réglementation prévoit que si un client demande à utiliser son wallet pour s’authentifier auprès de sa banque ou institution financière, celle-ci doit l’accepter.

Toutefois, des enjeux de conformité subsistent, notamment sur la capacité à signer les détails d’une transaction financière conformément aux exigences réglementaires.

 

Enfin, s’agissant du paiement lui-même, la position exprimée est pragmatique : « Ne pas réinventer la roue ». Plutôt que de créer un nouvel instrument, il s’agirait d’intégrer des moyens de paiement existants dans le portefeuille.

La combinaison des données d’identité et des capacités de paiement pourrait à terme permettre de transmettre automatiquement certaines données vérifiées par exemple un statut d’étudiant ou une preuve de majorité lors d’une transaction.

Ces perspectives sont prometteuses, mais supposent une évolution des infrastructures d’acceptation et une coordination étroite entre acteurs publics et privés.

 

Les échanges ont montré que le portefeuille numérique constitue désormais un pillier stratégique au croisement de l’identité numérique, du paiement et de la conformité réglementaire.
Qu’il s’agisse des cadres européens en construction, des dynamiques africaines d’interopérabilité ou des exigences industrielles en matière de sécurité, une même exigence s’impose : organiser la confiance numérique de manière cohérente et interopérable.
Au-delà de la technologie, c’est une architecture de gouvernance qui se dessine. La réussite des portefeuilles numériques dépendra de la capacité des écosystèmes à aligner standards, régulations et usages concrets, pour faire du wallet un véritable outil d’orchestration des données au service des citoyens et des marchés.